La décision d’incorporer ou non son entreprise

La décision d’incorporer ou non son entreprise

La vie d’un entrepreneur est remplie de décisions à prendre et d’options à évaluer. Comment organiser la production ? Où installer le commerce ? Comment rejoindre la clientèle cible ? L’entrepreneur doit sans cesse faire des choix et prendre des risques.

Au plan juridique, l’une des grandes questions concerne la forme à donner à l’entreprise. Dit simplement, les entrepreneurs se demandent s’ils devraient ou non s’incorporer. Lorsqu’on parle d’incorporation, on réfère à la création d’une compagnie, ou plus exactement d’une société par actions. La création d’une société par actions offre plusieurs avantages, mais elle implique des coûts additionnels. Il faut donc examiner avec attention la situation particulière de chaque entreprise pour voir si les avantages qu’elle en tirera justifient les coûts qu’elle devra engager.

Des réponses classiques…et incomplètes

Il est courant d’entendre certains professionnels offrir des réponses toutes faites à la question d’incorporer ou non une entreprise. Dans une perspective trop étroitement financière, on se limite souvent à ne considérer que les avantages fiscaux.

En principe, une société par actions paie moins d’impôts qu’un particulier. Cependant, les dividendes versés à l’actionnaire sont à leur tour imposés par les autorités fiscales. Le total de l’impôt payé par la société sur ses profits et de l’impôt payé par l’actionnaire sur les dividendes qu’il reçoit équivaut à l’impôt sur le revenu que ce dernier aurait payé s’il avait choisi de ne pas s’incorporer.

La conclusion qui est souvent avancée est que pour qu’il vaille la peine de s’incorporer, il faut que l’entreprise génère des profits supérieurs aux besoins personnels de son propriétaire, car cela permet alors à ce dernier de bénéficier de diverses stratégies fiscales. Sans être faux, ce raisonnement reste incomplet et ne tient pas compte de plusieurs facteurs qui pourraient influer sur la décision de s’incorporer ou non.

D’autres facteurs à considérer

En plus de cet aspect fiscal, il est recommandé de considérer plusieurs autres facteurs, en débutant par le nombre de propriétaires de l’entreprise. S’il y a plus d’un fondateur, l’incorporation permet de mettre en place une structure de partage de la propriété (le nombre d’actions détenues par chaque actionnaire) et du contrôle (le nombre de votes de chaque actionnaire, le statut d’administrateur, etc.).

Il faut aussi s’interroger sur les priorités de l’entrepreneur. Il est possible qu’on veuille simplement s’assurer un revenu d’entreprise. Par contre, on peut vouloir bâtir un capital, en vue de le réaliser le jour où on vendra l’entreprise. Dans ce dernier cas, la mise en place d’une société par actions offre plus d’options lors du transfert de l’entreprise. Alors que dans le cas d’une entreprise individuelle, la seule possibilité est de vendre les actifs de l’entreprise, dans le cas d’une société par actions on peut en vendre les actions. Il est possible alors de vendre ces actions à plusieurs acheteurs ou encore de transférer graduellement la propriété de l’entreprise et d’assurer ainsi une transition ordonnée.

Un autre facteur à considérer est le risque de poursuite auquel est exposé l’entrepreneur. Certains types d’activités commerciales sont plus risqués que d’autres. Dans certains cas, on peut rechercher la protection qu’offre la loi aux actionnaires d’une société par actions. Essentiellement, la société est traitée comme une personne distincte de ses actionnaires. Les créanciers de la société n’ont, en principe, aucun recours contre les actionnaires de celle-ci. À elle seule, cette protection peut valoir les frais engendrés par l’incorporation.

Notons enfin l’horizon qui est considéré par l’entrepreneur. En se lançant en affaires, celui-ci prend-il ses décisions en fonction du court ou du long terme ? Ceci peut avoir un impact notable, spécialement lorsqu’on envisage les avantages fiscaux reliés à l’incorporation. Il est possible que l’entreprise ne génère que peu ou pas de profit durant sa première année d’existence. Mais quelles sont les prévisions au bout de deux ou trois ans ? Et de cinq ans ? En établissant ses prévisions, l’entrepreneur doit bien sûr rester réaliste, mais il n’en demeure pas moins qu’on peut mettre en place une structure dont les avantages seront répartis sur plusieurs années.

Par où commencer ?

D’autres facteurs peuvent entrer en ligne de compte selon le cas particulier de chaque entreprise. L’entrepreneur a donc tout avantage à discuter le plus tôt possible de son projet d’affaires avec un avocat spécialisé en droit des affaires. Ce dernier saura le guider dans sa réflexion, tout en gardant en tête que les réponses fournies doivent être dynamiques et s’adapter aux différents stades d’évolution de l’entreprise.

Crédit photo : photo de Paola Aguilar à Unsplash

2016-09-06T17:34:03+02:006 septembre 2016|Droit corporatif|

To Incorporate, or not to Incorporate? That IS the Question.

The life of an entrepreneur is filled with decisions to make and options to evaluate. How should I  organize production? Where should I place myself in the trade? How can I reach my target audience? Every entrepreneur must continually make choices and take risks.

At the legal level, one of the big areas of concern is the form to give to the company. Simply put, entrepreneurs may wonder whether or not they should incorporate. When we talk about incorporation, we refer to the creation of a company, or more exactly, a joint-stock company. The creation of a joint stock company offers several advantages, but it involves additional costs. It is important, therefore, to carefully consider the particular situation of each enterprise to see whether the benefits it will generate, justify the costs it will incur.

Classic, but Incomplete Answers

It is common to hear some professionals offer ready-made answers to the question of whether or not to incorporate a business. A solely financial perspective is too narrow, and we often limit ourselves to considering only tax benefits.

In principle, a corporation pays fewer taxes than an individual. However, dividends paid to the shareholder are in turn taxed by the tax authorities. The total tax paid by the corporation on its profits and the tax paid by the shareholder on the dividends they receive, is equivalent to the income tax that the shareholder would have paid if he had chosen not to not get incorporated.

The conclusion that is often put forward is that for it to be worthwhile to incorporate, it is necessary that the company generates profits superior to the personal needs of its owner, because this then allows the latter to benefit from various fiscal strategies . While not necessarily false, this reasoning remains incomplete and does not take into account several factors that could influence the decision to incorporate or not.

Other Factors to Consider

In addition to the tax aspect, it is recommended to consider several other factors, starting with the number of owners of the business. If there is more than one founder, the incorporation allows the set up of a structure of division of the property (the number of shares held by each shareholder) and the division of control (the number of votes of each shareholder, the administrator status, etc.).

We must also question the priorities of the entrepreneur. It is possible that one simply wants to secure a business income. On the other hand, we may want to build up capital, in order to realize it the day we sell the company. In the latter case, setting up a joint stock company offers more options when transferring the business. Whereas in the case of a sole proprietorship, the only possibility is to sell the assets of the company, in the case of a joint-stock company one can sell the shares. It is then possible to sell these shares to several buyers or to gradually transfer ownership of the company and thus ensure an orderly transition.

Another factor to consider is the risk of prosecution to which the contractor is exposed. Some types of business activities are riskier than others. In some cases, the protection afforded by law to the shareholders of a corporation may be sought. Essentially, the corporation is treated as a separate person from its shareholders. The creditors of the company have, in principle, no recourse against the shareholders of the company. This protection alone can be worth the costs of incorporation.

Finally, note the horizon that is considered by the entrepreneur. When embarking on business, does they make decisions based on the short or the long term? This can have a noticeable impact, especially when considering the tax benefits of incorporation. It is possible that the company generates little or no profit during its first year of existence. But what are the forecasts after two or three years? And five years? In estimating the business forecast, the entrepreneur must of course remain realistic, but the fact remains that one can set up a structure whose benefits will be spread over several years.

But Where to Start ?

Other factors can be taken into account depending on the particular case of each company. The entrepreneur should take advantage of discussing their project as soon as possible with a lawyer specializing in business law. Their lawyer will guide them in their reflection, while keeping in mind that the answers provided must be dynamic and adapt to the different stages of the evolution of the company.

2021-07-06T21:28:09+02:006 septembre 2016|Corporate Law|
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