ÊTES-VOUS ESSENTIEL?

ÊTES-VOUS ESSENTIEL?

Depuis le 13 mars, la plupart des Québécois ont applaudi le leadership démontré par le premier ministre et par le Directeur de la santé publique. On a dit de M. Legault qu’il agissait en « bon père de famille ». Quant au Dr. Arruda, il est la quintessence du bon docteur. Bravo messieurs, à vous et à votre équipe.

Cependant, depuis le début de cette crise, les interdictions nous sont communiquées par des conférences de presse et par des communiqués. Les décrets, qui doivent être publiés dans la Gazette officielle du Québec, ne sont pas disponibles au moment de leur entrée en vigueur, en raison des délais de traitement et de publication. Bref, il est difficile de savoir avec précision l’étendue des restrictions aux libertés individuelles et collectives.

Au cours des premiers jours de la crise, les interdictions visaient essentiellement les secteurs public et parapublic. Bref, le gouvernement pouvait invoquer son statut d’employeur pour émettre des directives. Pour le secteur privé, le gouvernement se limitait d’abord à des recommandations. Mais petit à petit, on est passé des demandes aux exigences, des recommandations aux interdictions.

Voilà désormais que le gouvernement interdit toute activité économique non essentielle.

Disons tout de suite que les motifs invoqués sont difficilement contestables. Le nombre de personnes infectées par la COVID-19 a fait un bond spectaculaire. Quant à la manière dont se propage le virus, il est de plus en plus admis qu’on a affaire à de la contamination communautaire. Il va de soi que la distanciation sociale est de plus en plus importante. Bref, il ne s’agit pas de remettre en question les intentions des autorités sanitaires.

Mais qu’en est-il de ce qui est essentiel pour une société comme la nôtre? Les différents pans de l’économie sont liés les uns aux autres et forment une chaîne. Si on retire un maillon de cette chaîne, c’est tout le reste qui s’arrête.

Voici un exemple. Au cours de cette crise, les autorités ont reconnu que le transport des marchandises est essentiel. La plus grande partie de ce transport se fait par camion. Mais pour que les camions roulent, il leur faut de l’essence. Les stations-service sont-elles essentielles? Les camions ne rouleront que si leur mécanique est en bon état. Les garages sont-ils essentiels? Les camionneurs doivent pouvoir s’alimenter, dormir et exercer leurs fonctions naturelles? Les restaurants, les hôtels et les motels sont-ils essentiels?

On pourrait prétendre que c’est surtout le commerce au détail qui est visé. Mais qu’en est-il de la famille dont les enfants se retrouvent sans souliers? Les vendeurs de souliers sont-ils essentiels?

Nos lois du travail contiennent des dispositions sur les services essentiels. Or, leur interprétation par les tribunaux montre que s’il est possible de restreindre les activités de certaines entreprises, il est rare qu’on puisse arrêter complètement tout un secteur économique.

Il y a aussi la manière. Dès l’annonce des mesures restrictives prises hier, des représentants du secteur de l’aluminium sont sortis dans les médias pour expliquer qu’on ne peut arrêter de manière aussi soudaine les activités d’une aluminerie. Agir ainsi signifierait endommager gravement l’équipement industriel. Un arrêt planifié prend donc plusieurs jours.

En somme, qu’est-ce qui est essentiel? Le gouvernement lui-même ne le sait pas. La preuve est que sur le site présentant la liste des activités essentielles, les autorités écrivent ce qui suit : « Si l’activité de votre entreprise n’est pas répertoriée ci-dessous, mais que vous pensez qu’elle est essentielle, vous pouvez demander la désignation comme entreprise essentielle. » Ne s’agit-il pas là d’un appel au lobbying?

En fait, la liste des services a déjà été modifiée.. La capacité des entreprises à se voir ajouter à cette liste pourrait donc dépendre de la force de leur lobby ou de leur proximité avec le pouvoir. Ajoutons à cela qu’aucun critère clair n’a été donné pour juger de ce qui est essentiel ou non. Nous sommes donc en face d’une catégorie mal définie et arbitraire et le fait d’être inclus ou non dans cette liste peut avoir d’importants impacts financiers pour les entreprises. Il faut donc  souligner ici les risques de corruption que cela comporte.

Il faut aussi s’inquiéter de l’étendue des pouvoirs qui sont exercés par les autorités. Nous n’assistons pas seulement à une explosion du Corona virus. Nous sommes en présence d’une explosion des restrictions imposées aux libertés individuelles et collectives. Cette façon de faire crée des précédents. Et si les intentions actuelles des autorités ne sont pas remises en question, il faut s’inquiéter de ce que l’exercice de tels pouvoirs par des dirigeants moins bien intentionnés pourrait signifier pour nos libertés.

Peut-être le temps est venu de cesser d’applaudir docilement aux décisions des autorités et de commencer à y jeter un regard critique. Sans verser dans le déni quant à la gravité de la crise sanitaire, il faut éviter d’accorder au gouvernement des pouvoirs démesurés. C’est le devoir de tout avocat que de protéger les individus et la communauté contre un trop grand pouvoir de l’État. C’est ce une partie à quoi s’emploie l’équipe de Force-Légal.

Un article écrit par Me Serge Girard.
Crédit photo : Photo de Kelly Sikkema à Unsplash

2020-03-24T13:33:11+01:0024 mars 2020|COVID-19/Corona Virus|

ARE YOU ESSENTIAL?

Since March 13, most Quebecers have applauded the leadership demonstrated by the Premier and by the Director of Public Health. Mr. Legault has been said to act like a « good family father ». As for Dr. Arruda, he is the definition of the good doctor. Well done gentlemen, to you and your team.

However, since the beginning of this crisis, the prohibitions have been communicated to us through press conferences and press releases. The decrees, which must be published in the “Gazette officielle du Québec,” are not available there at the time of their entry into force, due to the processing and publication times. In short, it is difficult to know precisely the extent of the restrictions on individual and collective freedoms, at any given moment.

During the first days of the crisis, the bans were mainly aimed at the public and semi-public sectors. In short, the government could invoke its employer status to issue directives. For the private sector, the government limited itself, at first, to recommendations. But little by little, we went from demands to requirements, from recommendations to prohibitions.

Now the government is banning all non-essential economic activity.

Let’s be clear: the reasons invoked are difficult to contest. The number of people infected with COVID-19 has increased dramatically. As for how the virus spreads, it is increasingly recognized that we are dealing with community contamination. It goes without saying that social distancing is increasingly important. In short, we are not questioning the intentions of the health authorities.

But what can be deemed essential for a society like ours? The different parts of the economy are linked together and form a chain. If we remove a link from this chain, everything else stops.

Let’s look at a realistic example. During this crisis, the authorities recognized that the transport of goods is essential. A lot of this transportation is done by truck. But for trucks to run, they need gas. Are gas stations essential? Trucks will only run if their mechanics are in good condition. Are garages essential? Should truckers be able to eat, sleep and continue life as usual? Are restaurants, hotels and motels essential?

One could argue that it is mainly the retail sector that is targeted. But what about the family with growing children at home, children whose shoes no longer fit? Are shoe sellers essential?

Our labour laws contain provisions on essential services. However, their interpretation by the courts shows that although it is possible to restrict the activities of certain companies, it is rare that an entire economic sector can be completely ground to a halt.

There is also the MANNER of stoppage. As soon as yesterday’s restrictive measures were announced, representatives of the aluminum industry went out to the media to explain that an aluminum smelter cannot be stopped so suddenly. To do so would seriously damage industrial equipment. A planned shutdown therefore takes several days.

In short, what is essential? The government itself does not know. The proof is that on the website presenting the list of essential activities, the authorities write the following [translated from French]: « If your company’s activity is not listed below, but you think it is essential, you can apply for designation as a core business. » Is this not a lobbying call?

Consider this: the list has already been amended to include businesses that were excluded at first The ability of companies to be added to this list could therefore depend on the strength of their lobby or their proximity to power. . Add to this that no clear criteria have been provided to allow us to know what can be considered as essential. Therefore, we are confronted to an ill-defined category of businesses, liable to an arbitrary application in a context where the financial impact of being included or excluded is huge. The risks of corruption that this entails must be emphasized here.

There is also concern about the extent of the powers that are exercised by the authorities. We are not only witnessing an explosion of the Corona virus. We are witnessing an explosion of restrictions on individual and collective freedoms. This approach creates precedents. And if the current intentions of the authorities are not questioned, there is reason to be concerned about what the exercise of such powers by less well-intentioned leaders could mean for our freedoms.

Perhaps the time has come to stop obediently applauding the authorities’ decisions and to start taking a critical look at them. Without going into denial about the seriousness of the health crisis, we must avoid granting the government excessive powers. It is the duty of any lawyer to protect individuals and the community from too much state power. This is one aspect of what the Force-Legal team does.

An article by Lawyer Serge Girard.
Photo credit: Photo by Kelly Sikkema on Unsplash

2021-07-06T21:12:33+02:0024 mars 2020|COVID-19/Corona Virus|
Go to Top